Chers frères et sœurs dans le Christ,
Dans l’évangile que nous venons d’entendre, des gens viennent voir Jésus pour lui rapporter le massacre de galiléens et la catastrophe de la tour de Siloé. Ils sont questionnés intérieurement par ces évènements sur la question du mal et de la souffrance.
En effet, ils pensaient que ces malheurs étaient infligés par Dieu en conséquence des péchés commis par les victimes. Jésus perçoit leur questionnement et leur répond que ces événements ne sont pas des punitions divines. Si Dieu condamne le péché, il ne punit pas et ne condamne pas le pêcheur.
Vous connaissez comme moi l’expression « Mais qu’est ce que j’ai pu faire au bon Dieu pour mériter cela ! » exprimant ainsi un sentiment d’incompréhension, d’injustice et parfois de révolte devant une situation difficile, pouvant aller jusqu’à nous éloigner de Dieu.
Comme disciples du Christ St Paul nous invite « à cesser de récriminer contre Dieu ».
Récriminer contre Dieu signifie se plaindre, protester, ou contester ce que Dieu permet ou fait. Cela revient à exprimer du mécontentement ou même parfois de la colère envers Dieu face aux épreuves, aux injustices apparentes ou aux souffrances.
Il est normal d’avoir des interrogations et parfois des doutes dans l’épreuve. Cependant toute la bible nous invite à faire confiance à Dieu même quand on ne comprend pas tout de ce que nous vivons.
Nous sommes invités à porter nos souffrances à Dieu avec humilité, dans la prière et à nous laisser conduire par Dieu pour faire de cette épreuve un chemin de conversion dans une attitude de foi et d’abandon. Cela demande souvent de la patience et donc du temps car ces chemins sont souvent difficiles.
Ces malheurs des Galiléens et de la tour de Siloé nous montrent combien la vie est fragile et que la mort peut malheureusement venir n’importe quand, nous le savons et cette fragilité de la vie, nous l’exprimons dans notre quotidien par des petites phrases comme « fais bien attention à toi » « sois prudent sur la route » ….
La mort peut nous surprendre…
C’est pour cela que Jésus prolonge sa réponse en disant : « si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous comme eux ». Reconnaissons que cette réponse a de quoi nous surprendre. S’agit-il pour Jésus de nous faire craindre Dieu ? Est-ce par la peur que nous allons nous convertir ?
Le mercredi des cendres le prêtre traçait sur notre front le signe de la croix en disant « convertissez-vous et croyez à la bonne nouvelle ». Il ne nous a pas dit « convertissez-vous ou vous périrez tous. » Pourtant c’est ce que Jésus nous dit aujourd’hui. Remarquer que Jésus n’a pas dit « Dieu vous fera périr ».
Alors pourquoi cette mise en garde ?
Jésus veut nous réveiller, nous sortir de nos torpeurs, de nos habitudes religieuses, quotidiennes. Il veut que chaque jour soit un jour nouveau ! La foi ne doit pas être considérée comme acquise une fois pour toute. Dans ce temps de carême nous prenons très au sérieux ce matin cet appel de Jésus « convertissez-vous », et cet appel nous le recevons non pas dans la crainte mais dans la confiance.
L’expression « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » (Marc 1,15) est un appel fondamental de Jésus dès le début de son ministère, c’est la condition pour le suivre et vivre de sa vie.
Mais qu’est ce que se convertir ?
Se convertir passe par une transformation intérieure de notre cœur et une adhésion profonde au message du Christ qui nous dit « aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés ».
Mère TERESA disait : « Ce qui importe, c’est le degré d’amour que vous mettrez en chacun de vos gestes… Qui donne avec joie donne mieux. » Le voilà tracer notre chemin de conversion : tout faire par amour, enfin, essayer de tout faire par amour.
Pour savoir si nous faisons tout par amour, il faut questionner notre cœur. Prendre le temps chaque jour d’arrêter nos activités pour faire notre examen de conscience, relire notre journée sous le regard de Dieu : ma relation aux personnes rencontrées, la manière dont j’ai vécu ma journée, ma relation à Dieu…
Alors le Seigneur nous montre l’état de notre cœur et, si notre cœur est tourné vers le Seigneur, alors comme pour le figuier, dans la patience et l’amour, Jésus nous apprend l’humilité, le pardon, il nous donne un regard renouvelé sur les personnes autour de nous, fait naître dans notre cœur de la gratitude envers Dieu.
Chaque jour peut devenir, petit à petit, un jour nouveau.
Dans notre marche vers Pâques,
Demandons au Seigneur d’enlever toutes craintes de notre cœur en transformant notre regard sur lui,
Demandons au Seigneur de nous aider à vivre avec nos fragilités et d’en faire le lieu de notre conversion.
Demandons au Seigneur de nous apprendre à « nous aimer les uns les autres » pour faire de chaque jour, un jour nouveau.
Amen.
Patrice : Chers frères et sœurs en Christ,
Quelle scène bouleversante de l’évangile en ce jour : le vieillard Syméon recevant dans ses bras l’enfant Dieu. Jésus est alors un petit bébé ; il a seulement 40 jours, selon le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification. (Et effectivement, aujourd’hui 2 février, 40 jours se sont écoulés depuis Noël). Pendant longtemps, j’imaginais Syméon porter Jésus à bout de bras, comme dans cette scène si connue du roi lion où le singe Rafiki, le sage, présente le petit Simba à tout le monde… Aujourd’hui, en relisant ce passage, j’ai plutôt l’image très douce de l’enfant Dieu, l’Alpha et l’Oméga, blotti dans les bras du vieil homme. Quelle joie profonde et quelle plénitude de Paix dans ces paroles de Syméon qui exulte, sous l’action de l’Esprit Saint :
« Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. »
Ces paroles de bénédiction sont chantées et méditées par tous les consacré(e)s du monde entier lors de la prière des complies, chaque soir, avant de s’endormir.
Alors, je vais m’adresser aux 3 sœurs Missionnaires de l’évangile qui nous font la Joie de leur présence parmi nous ce matin :
• Quels liens faites-vous entre cette fête de la présentation du Seigneur et votre vie de consacrée ?
Sœur Fabienne : La présentation du Seigneur marque l’arrivée du sauveur du monde grâce à la prophétie du vieillard Syméon, grâce à ses parents et à leur bénédiction pour lui. Au moment de leur première profession, les consacrés reçoivent aussi la bénédiction de leurs parents. Comme Joseph et Marie qui offrent Jésus à Dieu, les parents bénissent l’offrande de leur enfant au Seigneur. Après, comme Jésus a donné sa vie pour le salut de tous, les consacrés sont appelés par lui, à porter la bonne nouvelle par le témoignage vécu et partagé. Ainsi les consacrés sont appelés comme Jésus à accomplir leur mission avec humilité et simplicité.
Le don de moi-même que je fais chaque jour me permet de vivre cette simplicité et humilité et de cultiver l’esprit synodale pour faciliter la mission qui m’est confiée avec mes sœurs. Cette mission, j’essaie de l’accomplir avec liberté et générosité et cela me rend heureuse. La Lumière de la bougie signifie pour moi accepter de donner ma vie jusqu’au bout et d’accepter la volonté de Dieu dans les réalités quotidiennes.
• En quoi les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance peuvent être signe d’espérance aujourd’hui pour notre monde ?
Sœur Reine-Marie : Pas facile de répondre…
D’abord, ces trois vœux de pauvreté, chasteté et d’obéissance, on les appelle aussi « Conseils évangéliques » et ces conseils valent pour tous les chrétiens. En fait, ces 3 voeux n’en font qu’un, celui de vouer, de donner toute sa vie au Seigneur et les religieux font ce voeu publiquement dans l’Église.
Alors, comment ces 3 conseils peuvent être signe d’espérance aujourd’hui pour notre monde ? Jésus a vécu pleinement ces 3 conseils évangéliques et il nous invite à les vivre en communion avec lui. Demandons lui de les vivre en nous.
On dit souvent : « Je veux me débrouiller tout seul, je n’ai besoin de personne ! » Mais Jésus nous invite à la pauvreté, c’est-à-dire, à accepter de mettre en commun ce que nous avons et à partager et dans nos relations, à accepter de recevoir des autres, de dire merci. Recevoir et donner donnent beaucoup de joie… Mais il faut le choisir !
On dit souvent : « L’important, c’est de profiter de la vie et puis, chacun pour soi ! » Mais Jésus nous invite aussi à la chasteté, c’est-à-dire, à reconnaitre que nous sommes aimés par le Seigneur. Il nous invite à aimer à notre tour, toute personne rencontrée sans jamais nous l’approprier ou en faire notre objet et sans jamais nous laisser approprier par les autres. Accueillir et recevoir un tel amour vrai et gratuit peut apporter beaucoup de bonheur dans toutes nos relations.
Enfin, on entend souvent dire : « Je fais ce que je veux… ça ne regarde que moi ! ». Mais Jésus nous invite à l’obéissance et c’est en le regardant vivre qu’on peut deviner ce que ça veut dire. Jésus, contemplait souvent son Père, Il partageait avec Lui, dans la prière, sans doute ses rencontres, sa compassion, ses joies et sa souffrance… Il contemplait aussi le projet ou le souhait de son Père et il était tellement en accord avec Lui, qu’Il faisait la volonté de ce Père de son plein gré, de bon cœur et en adhérant à ce projet et Il est allé jusqu’au bout dans une pleine confiance. C’est sans doute cela la vraie obéissance.
Déjà, nous essayons tous de suivre ces conseils que Jésus a vécus Lui-même, et cela fait grandir le Royaume de Dieu, nous apporte la joie, réconforte ceux que nous côtoyons. En faisant cela, nous faisons l’expérience d’être aimés de Dieu et notre foi en est fortifiée. Et cette Espérance, Jésus nous demande de la communiquer à nos contemporains pour qu’elle devienne leur lumière.
• En quoi votre vie communautaire, avec sa dimension interculturelle, est-elle également signe d’espérance ?
Sœur Fabienne : Les consacrés mettent le Christ au centre de la communauté.
Comme un capitaine, Jésus conduit le bateau sur la mer jusqu’à l’autre rive. Nous le vivons par la prière, le partage, la souplesse quotidienne, la flexibilité et en étant réaliste. Chaque membre est responsable de la bonne marche et est témoin de l’Évangile. Pour vivre les différences culturelles, il faut s’appuyer sur ce que nous avons en commun et oser partager entre nous les choses concrètes de nos cultures. Les membres de la communauté sont appelés à faire régner la communion par l’écoute mutuelle et l’entraide, à vivre les différences par l’ouverture et la compréhension.
Vivre ensemble un même projet nous mène vers le Royaume de Dieu (Aimer, servir le Christ pour le Royaume de Dieu).
Patrice : Merci infiniment pour votre témoignage, pour le don de votre vie, pour être signe de la présence de Jésus au coeur du monde. Votre vie donnée illustre cette parole de Sainte Thérèse que l’on retrouve sur l’affiche crée pour cette fête de la vie consacrée : « Aimer, c’est tout donner ! »
Avec vous, reprenons cet hymne chanté lors de la prière des Vêpres, chaque mercredi en fin de journée :
« Cachés au creux de ton mystère, Nous te reconnaissons Sans jamais te saisir. Le pauvre seul peut t’accueillir, D’un coeur brûlé d’attention, Les yeux tournés vers ta lumière ».
Nous sommes invités à nous faire pauvre, humble comme le vieillard Syméon pour recueillir dans nos bras notre Dieu qui s’est fait encore plus petit, Lui la lumière du monde
Chers frères et sœurs dans le Christ,
Remarquons que c’est après avoir reçu le baptême et que Jésus est rempli d’Esprit Saint que le
diable vient le tenter. Cela signifie pour nous que le fait d’être baptisé, de croire, d’être rempli de
l’Esprit Saint ne nous épargne pas des tentations, au contraire.
Certains d’entre nous ont vu le film «le grand miracle » voici 15 jours. On y voit de petits démons
qui viennent titiller les personnes qui viennent se présenter pour recevoir le sacrement du
pardon : ils viennent les déconcentrer de ce pourquoi ils sont là ; ils viennent les empêcher de se
rapprocher du Seigneur. On pourrait donc dire que, plus il y a un enjeu pour vivre toujours
davantage de l’amour de Dieu, plus il y a des tentations, plus le malin se déchaîne et le combat
spirituel est fort. Le malin fait tout pour nous détourner de notre vocation qui est de louer notre
Seigneur et d’être ensemble, en communion avec Lui.
Plus nous essayons de vivre en amitié, en union avec le Seigneur, plus nous devenons familiers
de la lecture de Sa parole, plus notre discernement s’éclaire alors pour repérer ces tentations. La
spiritualité ignatienne qui sait distinguer nos mouvements intérieurs est d’une grande aide pour
discerner et repérer ce qui est l’œuvre du Seigneur ou de l’ennemi… Est-ce que cette décision
procure en moi une grande paix intérieure, même si elle est difficile, ou plutôt un trouble et de la
fébrilité ?
Dans ce récit, nous apprenons que Jésus jeûne depuis 40 jours. Et c’est dans ce contexte de
vulnérabilité et de solitude qu’il est tenté par le diable. Le diable va tout faire, épuiser toutes les
formes de tentation, pour détourner Jésus de sa mission :
La première tentation est : changer une pierre en pain. Il s’agit de la tentation du matérialisme.
Elle symbolise notre tendance à satisfaire nos besoins immédiats et à chercher le confort
matériel avant tout.
La deuxième tentation est : accepter de servir le diable en échange du pouvoir sur le monde. C’est
la tentation de la domination, de la puissance. Cette tentation représente le désir de pouvoir, de
gloire. Elle symbolise notre ambition démesurée et notre désir de contrôler les autres.
La troisième tentation est : se jeter du haut du Temple pour être sauvé par des anges. C’est la
tentation de paraître, la tentation de l’orgueil. Elle symbolise notre tendance à vouloir prouver
notre valeur et à mettre Dieu à l’épreuve.
Nous sommes les uns et les autres bien différents, avec nos propres histoires, et ne sommes pas
tous éprouvés par les mêmes tentations. On dit que le diable, le malin, souvent représenté dans
l’art comme un serpent, est rusé. Mais il n’est pas si inventif : il est doué pour repérer nos
faiblesses ; il utilise alors les mêmes subterfuges, et nous tombons souvent dans le même
panneau, avec les mêmes travers. C’est assommant et cela peut être décourageant si on s’arrête
là-dessus.
Une des ruses de l’ennemi est de faire croire qu’il n’existe pas. Et quand on ignore qu’on a un
ennemi, on n’est pas vigilant, on n’est pas prêt au combat.
Dans ce récit, Jésus n’est pas dupe, Il fait face au malin. C’est parole contre Parole : on voit
comment la parole est instrumentalisée par le démon qui cite des versets pour tenter Jésus. Et
Jésus répond, sans flancher, Lui qui est justement la Parole, le Verbe fait chair. Il est entièrement
tourné vers son Père, pour faire non pas sa volonté, mais la volonté de son Père.
Nous avons entendu dans le Psaume ce verset : « Tu marcheras sur la vipère et le scorpion ». C’est
une manière de dire que le malin ne peut rien faire si on ne lui ouvre pas la porte ; il n’a pas cette
puissance-là. Il ne faut pas avoir peur de lui car il n’a pas de pouvoir sur nous.
Notre liberté est soit de rester ferme, comme Jésus, soit de consentir à entrer dans la tentation.
De nombreux films abordent ce thème du combat spirituel ; je pense notamment à star Wars dans
l’épisode où le chevalier Jedi Anakin Skywalker consent à laisser entrer en lui la force obscure en
devenant le terrible Dark Vador afin d’obtenir puissance et domination. En trahissant ses valeurs,
le mal va alors le ronger de l’intérieur…
La 2e
lecture souligne la force de la Parole : face au mal, il nous faut porter une parole claire, qui
évite toute confusion ; nous sommes aujourd’hui dans un monde où il y a beaucoup de confusion,
des mots utilisés à tort et à travers et où on perd le sens.
Face à ce qui est confus, Jésus remet de l’ordre, avec une parole d’autorité. C’est l’œuvre du
Seigneur qui nous connaît mieux que nous-mêmes. Il vient nous restaurer, il nous donne d’être
unifié. La Parole de Dieu, elle est dans ta bouche, elle est dans ton cœur !
Il est bon pour chacun de nous de faire mémoire de tous les moments où nous avons été libérés,
sauvés du mal, comme Moïse l’a demandé au Peuple, pour ne pas oublier les bienfaits du
Seigneur.
Oui, qu’il est juste et bon de rendre gloire à Dieu pour ses victoires, de le louer : cela fortifie notre
foi, remet les choses dans le bon ordre ! La louange est un des meilleurs moyens de ne pas entrer
en tentation car elle permet de nous décentrer de nous-même, de nous tourner vers le Seigneur,
lui dire Merci. Nous sommes faits pour la louange…
Jésus est la Parole de vie, Il est vainqueur ; il a vaincu le mal, en restant fidèle à son Père ; il a été
tenté mais il est sorti victorieux, et le malin l’a quitté. Quelle espérance !
En cette année du Jubilé de l’espérance, mettons notre foi dans le Christ, lui qui est vainqueur de
tout mal.
C’est toi Seigneur mon refuge, mon rempart, mon Dieu dont je suis sûr !
Chers frères et sœurs dans le Christ,
Les paroles de St Paul ont de quoi nous interroger aujourd’hui quand il dit : « car lorsque je
suis faible, c’est alors que je suis fort. » Comment peut on être fort quand on est faible ?
Cela est pour le moins paradoxal.
Je pense que les uns et les autres nous n’aimons pas être faibles, nous n’avons pas appris
à montrer nos faiblesses, ni même parfois à les reconnaître.
Nous préférons cacher nos faiblesses, par vulnérabilité, par peur d’être jugés, de dépendre
des autres.
La faiblesse existe sous différentes formes. Elle peut être d’ordre physique, psychologique.
Elle est représentée par nos deuils, nos peurs, nos accidents, nos tâtonnements, nos
enfermements, nos dépendances affectives, nos émotions essentiellement négatives, nos
contradictions, nos difficultés à communiquer.
Nous comprenons alors pourquoi il est si difficile de reconnaître nos faiblesses et encore
plus difficile qu’elles soient visibles.
Saint Paul non plus ne voulait pas accepter sa faiblesse puisqu’à trois reprises il a prié le
Seigneur de l’en délivrer. Le Seigneur ne l’a pas exaucé mais lui a donné la grâce
d’accepter sa faiblesse et d’en faire une force pour accomplir son ministère dans l’annonce
de l’évangile.
La faiblesse n’est pas une vertu mais une réalité fondamentale de notre condition humaine.
La société vante au contraire la force, la santé physique, intellectuelle, psychologique, qui
sont synonymes d’épanouissement et de réussite. On aime paraître fort. On préfère l’illusion
de la force à la réalité de la faiblesse. Pourtant nous sommes tous faibles et nul n’est plus
faible que celui qui se croit faussement fort.
Que peut bien vouloir nous dire St Paul à travers son témoignage ? en quoi cette
affirmation peut-elle nous aider à grandir dans notre confiance en Dieu ?
Remarquons que St Paul a reçu des révélations qui sont tellement extraordinaires que le
danger était grand pour lui que son orgueil le pousse à se surestimer. Le psaume fait
également écho au danger de l’orgueil : nous sommes rassasiés du rire des satisfaits,
du mépris des orgueilleux.
L’orgueil est le refus fondamental de reconnaître ses limites et en particulier de reconnaître
ce que l’on doit à Dieu et aux autres. Les Pères de l’Eglise voient dans l’orgueil l’origine de
tout péché. L’orgueil est à la racine de tout mal. Alors, que nous le reconnaissions ou non,
nous avons tous à lutter contre l’orgueil qui est en nous.
Nous comprenons mieux pourquoi Le Seigneur n’a pas délivré Paul de son écharde car la
délivrance aurait entrainé un mal encore plus grand pour lui et pour les autres en laissant
son orgueil se déployer.
La conscience de nos faiblesses donne l’humilité du coeur. il faut donc entourer la faiblesse
de tous nos soins.
Comprendre sa faiblesse et l’accepter permet d’enrichir sa vie intérieure car c »est au coeur
de notre faiblesse que l’Esprit Saint vient nous donner sa force. Il nous aide à tenir debout
dans la vie et dans l’adversité.
Il se peut que parfois nous trouvions que la vie nous impose des épreuves insurmontables
tant elles nous meurtrissent et semblent nous anéantir, mais comme saint Paul le dit dans
sa 1ère lettre aux Corinthiens, » Dieu est fidèle : il ne permettra pas que vous soyez
éprouvés au-delà de vos forces. Mais avec l’épreuve il donnera le moyen d’en sortir et la
force de la supporter.. »
comme la Vierge Marie au pied de la croix. «l’Esprit Saint vient au secours de notre
faiblesse » (Rm 8, 26)
Accepter notre impuissance, notre ignorance et notre pauvreté est une invitation à créer
avec les autres des relations de non-puissance : en effet, reconnaissant notre faiblesse
nous pouvons accepter celle des autres et la faire nôtre, à l’imitation du Christ, serviteur
doux et humble de cœur.
A l’opposé, ne pas reconnaître sa faiblesse nous conduit, comme le dit Saint Paul à nous
laisser conduire par notre orgueil qui nous fera penser que nous sommes supérieurs aux
autres en nous surestimant.
Et nous voyons les conséquences graves de l’orgueil dans ce passage de l’évangile où
Jésus enseigne dans une synagogue. Vous aurez remarqués que dans un premier temps
les auditeurs sont frappés d’étonnement, ils reconnaissent la sagesse des paroles de Jésus
ainsi que les grands miracles qui se réalisent par ses mains. Mais l’orgueil ferme la porte de
leur cœur pour des raisons futiles « c’est le fils du charpentier et de Marie », les poussant à
rejeter Jésus, préférant les ténèbres à la lumière.
Dans les faiblesses que nous portons, Dieu nous adresse cette parole à chacun de nous ce
matin : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. »
Heureux sommes nous si nous reconnaissons notre faiblesse et demandons au Seigneur la
grâce qu’elle ne soit jamais source d’isolement, de jalousie, de fermeture du coeur, de de
tristesse ou de désespoir,
mais au contraire, demandons la grâce que notre faiblesse nous conduise à toujours plus
d’humilité, à la main tendue aux frères et sœurs pour aider et être aidés, à remettre
simplement nos vies dans les mains du Seigneur pour qu’elles deviennent une force
d’amour.
Marie ne cesse de nous l’enseigner dans son magnificat : Déployant la force de son bras, il
disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles.
D’un cœur confiant Seigneur, entre tes mains je remets ma faiblesse.
Amen